Lors du premier semestre 2026, Polífona coop. a eu la possibilité de resserrer les liens avec le Collectif pour l’Autogestion des Technologies pour l’Interprétation (COATI). Il s’agit d’un processus basé à Barcelone qui depuis plusieurs années propose les services techniques et les équipements technologiques permettant l’interprétation pour les mouvements et les organisations sociales et politiques. COATI dispose de cabines portables et de tables de mixage qui ont été adaptées afin de transmettre dans diverses langues et de travailler dans différents contextes de construction collective. Selon leurs termes, COATI « travaille pour construire et maintenir des outils collectifs basés sur l’expérience de l’autogestion et sur l’open source ».
Nous avions déjà rencontré l’une des personnes membre de COATI à Cali en 2024, mais c’est seulement en 2025 que nous nous sommes rapprochées et que nous avons commencé à construire une alliance plus approfondie. En septembre 2025, deux personnes interprètes de Polífona coop. sont allées à Kandy au Sri Lanka, avec une délégation de plus de 700 personnes provenant de 100 pays et avec un total de 73 interprètes afin de participer au 3e Forum mondial de Nyéléni pour la souveraineté alimentaire.
Nous y avons proposé nos services en tant que bénévoles alors que COATI se trouvait à la coordination du service technique et de l’interprétation, sous les clameurs qui scandaient que « sans interprétation il n’y aura pas de révolution». C’est la devise en construction au sein de la Via Campesina (membre du mouvement de Nyéléni) et qui fait partie de la lutte pour une justice linguistique menée par COATI dans l’ensemble des espaces qu’accompagne le collectif. Grâce à la coordination soigneuse de COATI et aux efforts de toute leur équipe, nous avons vécu l’un des espaces d’interprétation faisant preuve de la plus grande attention envers le travail que nous réalisons et les conditions qui permettent de faciliter la communication le plus efficacement possible. Nous avons ainsi réfléchi à la nécessité d’inviter les organisations et les mouvements à concevoir à l’interprétation comme un élément fondamental dans la planification de leurs réunions et activités. Par ailleurs, nous avons commencé à pénétrer dans le monde fascinant et complexe des aspects techniques et technologiques pour l’interprétation en 18 langues.
Suite à ce premier échange au Sri Lanka, nous nous sommes retrouvées à Carthagène en Colombie pour la Seconde conférence internationale sur la réforme agraire et le développement rural (ICARRD+20). Nous y avons participé avec une équipe d’interprétation ainsi qu’une équipe technique lors du Forum des peuples et mouvements sociaux pour la Terre, l’Eau, les Territoires et la Dignité qui a été organisé en amont de l’ICARRD+20. C’est main dans la main avec COATI que nous avons facilité la communication entre les peuples et mouvements pour la construction d’une posture commune face à la conférence internationale.
Après avoir partagé tous ces moments avec COATI, nous avons souhaité créer des espaces nous permettant de continuer à apprendre de leurs positionnements et de leur expérience en ce qui concerne les aspects techniques et technologiques pour l’interprétation. Nous avons ainsi initié un cycle d’échanges de connaissances dans lequel nous avons pu partager l’expérience de Polífona coop. sur la construction d’un modèle économique de redistribution et la structuration interne de notre travail. Nous nous sommes donc retrouvées avec COATI à Bogotá, où nous avons réalisé une série d’ateliers et de conversations parmi lesquels : un atelier intensif sur l’utilisation des appareils d’interprétation, une présentation sur les dynamiques d’organisation interne et de gestion financière, une discussion autour de la question de la justice linguistique avec d’autres organisations invitées.
En plus de ces réflexions, COATI nous a énormément apporté pour le renforcement de nos capacités techniques pour l’interprétation et nous a aidé à compléter l’inventaire de nos équipements technologiques. Cela représente une avancée essentielle vers une autonomie permettant de proposer des services technologiques pour l’interprétation.
Le chemin vers la justice linguistique et la communication inclusive est encore long et toujours en construction, mais cette alliance avec COATI nous rappelle l’importance de faire partie d’un environnement qui développe une approche critique et réflexive quant à l’interprétation, ses aspects techniques, et la traduction. Il s’agit là de métiers fondamentaux pour la construction de postures et d’agendas communs entre les organisations, les peuples et les mouvements qui doivent faire face à la barrière de la langue. Nos métiers sont des rouages essentiels pour la consolidation des luttes et des postures internationalistes.
Nous vous invitons à consulter le site web de COATI afin d’en savoir plus sur leur travail.